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Auto-édité... gratuitement : du rêve à la réalité.

 

De nombreux sites ou organes de presse ont annoncé à grands renforts de publicité l'arrivée d'un éditeur qui permettrait à tout un chacun d'être publié gratuitement. Nous-mêmes intéressés par cette solution de rêve pour les auteurs qui nous contactent, et qui nous permettrait d'abandonner Solaedit (créé transitoirement à défaut de mieux) au profit de cet éditeur miraculeux, nous avons manifesté notre enthousiasme ... dans un premier temps.

Nous ne citerons pas le nom de cet éditeur venu d'Outre-Atlantique, le temps de lui laisser finaliser son projet, un projet plutôt en friches à l'heure où nous écrivons cet article. 

Mais d'ores et déjà des remarques s'imposent sur bien des aspects qui, espérons-le, pourront être modifiés... à moins d'un miroir aux alouettes, voire d'un piège pour gogos. 

"Publiez et vendez à travers le monde"

Le slogan est presque aussi vieux que l'internet. Il existe de nombreux sites qui proposent de "publier et vendre à travers le monde". C'est-à-dire mettre un livre en ligne en espérant que des visiteurs viendront l'acheter parce qu'il figure sur internet. A notre connaissance, jamais "le monde" ne s'est encore précipité sur le livre de monsieur Untel simplement parce qu'il l'avait publié sur internet. Rappelons qu'internet n'a pas encore le pouvoir de transformer un Quidam en auteur à succès. 

C'est "rapide, facile et gratuit" 

Entre publier un livre en ligne et publier un livre imprimé, il existe une différence de taille... ce que nous explique, petit à petit et au fil du site, l'éditeur en question. 

Quelle gratuité ???

La gratuité concerne la publication en ligne. Et là rien d'innovant. Mais dès qu'il s'agit de publier en version imprimée, les données changent.  Un auteur qui souhaite voir son livre imprimé devra payer des frais d'impression. En fait, il commandera sur le site de son éditeur le nombre d'exemplaires qu'il désire, comme un client ordinaire le ferait sur une boutique en ligne lorsqu'il commande un produit. Mais là, il s'agit de son propre livre. Outre les frais d'impression, il paiera une majoration de 20 % à l'éditeur (commission) et enfin des frais de livraison qui peuvent être élevés. L'auteur qui veut se faire plaisir en faisant imprimer son livre pour en avoir un exemplaire à soi, y trouvera son compte. Par contre, l'auteur qui désire voir son livre imprimé pour le vendre risque fort de tomber des nues car il achètera au prix fort des exemplaires de son propre livre : le coût de fabrication d'un livre à faible tirage est extrêmement élevé ce qui anéantit la marge bénéficiaire de l'auteur (N'oublions pas que l'auteur doit aussi couvrir les frais d'envoi de son livre à son client potentiel). Un auteur qui achète un exemplaire de son propre livre d'une centaine de pages avec couverture quadri pour un coût de 10 à 15 euros l'unité, frais d'envoi compris, fait une affaire. Un auteur qui doit revendre son livre entre 10 et 15 euros l'unité hors frais d'expédition à son client ne fait aucun "bénéfice" à moins de revendre son livre à un prix prohibitif... et invendable.

Quelle facilité ??? 

L'auteur se charge lui-même de la préparation de son livre, de la présentation et de la conversion au format PDF (indispensable pour l'impression). Si l'auteur a des connaissances de base, voire un peu plus pointues, de l'utilisation d'un ordinateur en général ou de logiciels spécifiques en particulier, tout ira bien. Dans le cas contraire, attention aux mauvaises surprises. Il vaut mieux être familier du téléchargement des fichiers, de leur conversion au format PDF (pro et non amateur), du FTP, du Ghoscript.... bref, il vaut mieux être expert que novice car l'auteur doit plus ou moins s'improviser imprimeur.... métier qui ne s'improvise pas hélas ! 

Quelle rapidité ???

Par souci d'économie de personnel sans doute, les relations auteur-éditeur sont gérée via un "automate". Autrement dit, aucun contact humain, sinon la présence d'un forum où il est possible de partager avec d'autres auteurs les mêmes expériences (ce qui n'est pas une mauvaise chose... sauf que ces auteurs ont des réponses limitées), éventuellement obtenir une aide. Mais, à l'instar des sites gérés par des "automates", aucun contact téléphonique ni aucune adresse mail en vue, ce qui est plutôt gênant pour un auteur très souvent confronté à des questionnements. Bien sûr, il existe une "FAQ" c'est à dire des notices explicatives sur chaque sujet, malheureusement le site n'étant pas totalement traduit, l'auteur est confronté à des pages qui apparaissent subrepticement en anglais.... Les utilisateurs de ce type de services, dévolus à des "automates" savent ce qu'il en coûte de n'avoir aucun interlocuteur sinon un lien vers un autre "automate" (exemple de Paypal). Nous sommes peu convaincus que, en matière de littérature, les services d'un "automate" puisse satisfaire des auteurs qui, dans l'ensemble, ont besoin d'un contact avec leur éditeur ou leur imprimeur. On peut concevoir la "rapidité", à condition qu'il n'y ait aucun problème dans la transmission des fichiers en premier lieu, à condition qu'il n'y ait aucun problème dans le suivi de la publication, à condition qu'il n'y ait aucun problème dans les paiements effectués à l'auteur. 

Qu'en est-il de la "distribution" ? 

Sachant que le point crucial d'une publication est la diffusion, il est question, à plusieurs reprises de "distribution". Or, de ce côté là, rien d'innovant non plus. L'auteur est "en vitrine" sur le site de l'éditeur. Quant à la "distribution" promise, il ne s'agit pas d'une distribution en librairie, comme pourrait en rêver l'auteur, mais d'une inscription dans les bases de données classiques auxquelles accèdent les libraires en ligne dont Amazon en France, Borders et Barnes and Noble à l'étranger. Bien sûr, toutes les libraires peuvent commander le livre... si un de leur client le leur demande, à condition que le client sache que le livre existe. Il n'y a donc aucune "diffusion" au sens traditionnel où on pourrait l'entendre, et rêver de voir ses livres sur les rayonnages de la grande surface du coin reste du domaine du fantasme. 

...Et autres questions :

Qu'en est-il de la facturation ?

Les livres vendus en ligne ne seraient pas destinés à la vente en librairie classique. Pour cause, la facturation n'existe pas. Or, à moins d'un "arrangement dépôt-vente", les libraires ne revendent pas des livres qui leur sont déposés sans facturation. Il en est de même pour toutes les structures (comme les bibliothèques, les comités d'entreprises, etc...) qui exigent une facture. La vente sur laquelle l'auteur peut essentiellement compter est la vente en ligne via le site de l'éditeur....

Qu'en est-il de la TVA ? 

De même on peut s'interroger sur la TVA de 5,5 % qui n'apparaît nulle part... ce qui peut également décourager les libraires et en général tous ceux qui exigent une facturation, car cette TVA est déduite de leurs frais. 

Qu'en est-il de la déclaration fiscale ?

L'auteur auto-édité, et qui n'a pas cédé ses droits d'auteur, perçoit des "bénéfices". Qu'en est-il au niveau de la déclaration en France. La traduction du site mentionne : "Les étrangers non résidents (aux USA), particuliers ou entités doivent fournir un formulaire W-8BEN complété et signé avec un numéro de contribuable valide (ITIN)".... sans doute y aura t-il un correctif dans le sens de la législation française.

- Qu'en est-il des sommes reversées aux auteurs sur leurs ventes ? 

Rappelons que l'argent est encaissé aux Etats-Unis. Qu'en est-il du reversement des sommes aux auteurs et sous quelle forme ? chèque ? virement à un compte bancaire ? On parle de virement à un compte paypal auquel cas une autre commission serait prélevée en supplément au titre du virement paypal. 

- ISBN ?

La demande d'ISBN est à la charge de l'auteur auto-édité et les délais pour obtenir cet ISBN sont très longs. Il semblerait que l'éditeur ait modifié cette faille, mais un autre problème se pose : celui de la cession des droits.

- Cession des droits d'auteur ?

Lorsque l'auteur auto-édité bénéficie de l'ISBN de l'éditeur, il doit céder ses droits d'auteur. Autrement dit, son livre ne lui appartient plus, il appartient à l'éditeur qui le rémunère de façon traditionnelle, c'est-à-dire en "droits d'auteur". Il ne perçoit plus des "bénéfices" mais des "droits d'auteur". Ici, l'auteur tombe dans les travers de l'édition en ligne : s'il ne vend aucun ouvrage, il aura cédé ses droits sur son livre sans aucune contrepartie....

- Forum ?

On sourira en découvrant dans le forum un auteur qui, ayant publié chez cet éditeur, a trouvé un éditeur traditionnel susceptible de lui signer un contrat pour ses 3 prochains livres... et ce sans qu'il ait à céder ses droits (une publication en traditionnel sans cession de droit n'existe pas)....

Conclusion

L'éditeur miraculeux qui offrira une publication gratuite aux auteurs auto-édités n'existe toujours pas malheureusement. L'éditeur pris pour cible dans cet article fera valoir son succès aux Etats-Unis. Il y a succès et succès. On ne doute pas que l'éditeur ait satisfait bien des anonymes qui ont caressé le rêve de disposer d'un exemplaire de leur livre. Et sur le nombre d'Américains présents Outre-Atlantique on peut aisément imaginer que l'éditeur dispose d'un nombre de titres impressionnant dans ses collections... à un exemplaire par tête de pipe. Ceci ne justifie en rien un éventuel "succès". Entre l'auto-édition qui consiste à flatter son ego et l'auto-édition qui serait un tremplin vers la révélation d'un véritable talent, il y a un écart considérable. Avec pour enjeu un lecteur. Un lecteur et ses exigences de qualité. Un lecteur qui, lui, refusera d'être le dindon de la farce. 

L'idée de départ est pourtant bonne. Permettre aux auteurs de tenter leur chance en limitant les risques d'invendus et leur investissement initial reste un voeu. Seule ombre au tableau : les coût d'impression. Aucun imprimeur, pour l'instant, n'est en mesure de proposer des tirages en très faible quantité (5, 10, 20 exemplaires) à un tarif raisonnable, de répondre illico à un retirage "à la demande" sans délai. Pas même en Espagne. C'est pourtant au niveau de l'impression que le pari sera gagné tant il est vrai que, à l'heure actuelle, tout peut être mis en oeuvre pour permettre aux auteurs de s'auto-éditer et de vendre leurs ouvrages. A noter qu'une vision plus européenne de l'auto-édition serait bienvenue car en l'état, c'est un coup d'épée dans l'eau.