Français
Classe Académie










Les mots du langage et de l'écriture





LES MOTS EN PAROLE

     Par la parole, on peut:

Clabauder contre quelqu'un (criailler pour ameuter); déblatérer contre (dénigrer); deviser (discuter familièrement); disconvenir (contester); morigéner ou tancer quelqu'un (gronder); biaiser (utiliser des moyens détournés); exhorter (inciter à ); étayer (soutenir avec des arguments); ergoter (chicaner); supputer (évaluer, apprécier); sacrer (jurer); repartir (répondre); regimber (refuser d'obéir); se récuser (se déclarer incompétent); fustiger (critiquer vivement); grasseyer (prononcer le "r" du fond de la gorge); conspuer (insulter publiquement); abjurer (supplier); admonester (sermonner); vitupérer contre; s'amuïr (devenir muet); conjecturer (présumer); renâcler (en reniflant); souffleter (insulter); fourbir (des arguments); en faire accroire (abuser de la crédulité de quelqu'un); avaliser des propos (donner sa caution); démonétiser (discréditer); méjuger (déprécier); crier haro (s'élever contre); inférer (alléguer); distiller (l'ennui:le répandre); rendre grâce (remercier).

     On parle également de :

Parole lapidaire (laconique); babillard (bavard); ton comminatoire (menaçant); laudateur (qui fait des louanges); menées (manoeuvres secrètes); objurgations (paroles pressantes pour dissuader une personne); algarade (discussion vive); assertion (affirmation).




LES MOTS DE L'ECRITURE

    Les oeuvres de la plume batiffolent avec :

Une tenson (dans la poésie médiévale dialogue où on s'échange des invectives); un centon (pièce de vers ou de prose empruntée à d'autres auteurs); un almageste (recueil d'observation astronomique); un épitomé (abrégé d'un livre surtout d'histoire); une pièce mélique (pièce lyrique).




LES MAUX DU LANGAGE

    Analogismes. Ne pas confondre:

Adultère (infidélité) et adultération (falsification); un consol (appareil servant à la navigation) et une console (table appuyée contre un mur ou console de jeux); courbatu (très fatigué) et courbaturé (qui a des courbatures); défloraison (chute des feuilles ou des fleurs) et défloration (perte de virginité); déparer (nuire au bon ensemble) et déparier (ôter une des deux choses qui font la paire); détonner (contraster, choquer) et détoner (exploser); domestication (action de domestiquer) et domesticité (ensemble des domestiques d'une maison); génésiaque (relatif à la Génèse) et génésique (relatif à la génération); gothique (style gothique) et le gotique (langue parlée par les Germains); harde (troupe de bêtes sauvages) et horde (troupe de gens indisciplinés).




LES MOTS AUTHENTIQUES

     Tirés des oeuvres littéraires:
   
L'acmé de la vie (son point culminant); dresser ses batteries (moyens habiles de réussir); avoir de la branche (de la distinction); aller sur les brisées de quelqu'un (entrer en concurrence); faire la chattemite (minauder pour tromper); dessiller les yeux de quelqu'un (le forcer à voir ce qu'il ignorait ou voulait ignorer).




UN MOT D'HISTOIRE

     Le Rap du XIIIe siècle.

"Les français ont toujours aimé les chansons. Au XIIIe siècle, les grands seigneurs, les barons, entretenaient volontiers à leurs frais, dans leurs châteaux, des chanteurs qui ne se contentaient pas de vanter leurs exploits ou de rappeler les hauts faits accomplis par Roland ou par l'Empereur à la barbe fleurie. Ces poètes, subventionnés, traduisaient en rimes ou en pastiches habiles les ressentiments de ceux qu'ils servaient. Ils fabriquaient des sirventois, sortes de pamphlets dans lesquels ils accablaient de sarcasmes des gens en place qu'il était facile de reconnaître, car leurs portraits étaient à peine déguisés. Un des plus virulents fut Hugues de La Ferté (..). L'objet le plus habituel de ses brocards est naturellement Blanche de Castille qu'il représente de façon transparente sous le nom de Dame Hersen, la Louve du Roman de Renart. Il accuse celle-ci de réduire en tutelle son fils et d'écarter de son entourage les véritables amis du roi."

Extrait de l'Histoire de France d'Alain Decaux et André Castelot.





UN MOT DE LITTERATURE

     Cuisine, média et cannibalisme.
   
"Considérons, pour les cuisines dont les catégories nous sont relativement familières, les diverses modalités de la cuisson. Il en existe certainement deux principales, comme l'attestent, dans d'innombrables sociétés, les mythes et les rites qui mettent leur contraste au premier plan : ce sont le rôti et le bouilli. En quoi consiste leur différence? La nourriture rôtie est directement exposée au feu, elle réalise avec celui-ci une conjonction non-médiatisée, tandis que la nourriture bouillie est doublement médiatisée: par l'eau dans laquelle on l'immerge, et par le récipient qui les contient l'une et l'autre. A double titre, par conséquent, on peut dire que le rôti est du côté de la nature, le bouilli du côté de la culture. (..) Aussi le bouilli relève le plus souvent de ce qu'on pourrait appeler une endo-cuisine: faite pour l'usage intime et destinée à un petit groupe clos, tandis que le rôti relève de l'exo-cuisine: celle qu'on offre à des invités. Dans l'ancienne France, la poule au pot était pour le souper de famille, la viande rôti pour le banquet.  (..) En suivant cette piste, on pourrait inférer que le cannibalisme (qui, par définition, est une endo-cuisine par rapport à l'espèce humaine) adopte plus volontiers la technique du bouilli que celle du rôti, et que les cas de rôtissage de cadavre, attestés par la littérature ethnographique, doivent être plus fréquents pour l'exo-cannibalisme (consommation du corps d'un ennemi) que pour l'endo-cannibalisme (consommation d'un parent)."

Claude Lévi-Strauss. Extrait paru dans la Revue l'Arc.